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Aéroports sans documents : comment les compagnies aériennes adoptent l’identité numérique conformément à la réglementation en 2026
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Aéroports sans documents : comment les compagnies aériennes adoptent l’identité numérique conformément à la réglementation en 2026

À 5h40, Sofia ouvre l’application de sa compagnie aérienne depuis chez elle. Elle ne cherche pas le « check-in » — elle l’a déjà effectué la veille — mais quelque chose de plus simple : confirmer qu’elle pourra voyager aujourd’hui sans surprise. Elle pointe la caméra vers son passeport, rapproche son téléphone pour lire la puce (NFC) et prend un selfie. En moins d’une minute, son identité est vérifiée et prête à « voyager » sous forme de données : elle pourra être validée aux points critiques de l’aéroport sans présenter à nouveau de documents physiques, avec un consentement totalement maîtrisé par la passagère.

Voilà la promesse de l’embarquement sans documents : une chaîne de confiance fondée sur l’identité biométrique, les identifiants numériques et la conformité réglementaire (PNR, ICAO, RGPD) dès la première étape.

Ce « voyage sans papier » n’est pas un slogan. En 2026, c’est la réponse directe à deux pressions simultanées : une réglementation de plus en plus exigeante et des passagers qui pénalisent la friction. Et s’il est mal mis en œuvre, il peut également devenir un risque juridique et réputationnel, en particulier lorsqu’il s’agit de biométrie.

Pourquoi le “paperless” en 2026 relève avant tout du compliance (et des coûts)

Chaque compagnie aérienne connaît le « moment INAD » : un passager qui arrive à destination et est déclaré inadmissible en raison de problèmes documentaires, d’éligibilité ou d’évaluations de risque. La conséquence n’est pas uniquement opérationnelle. Elle implique des coûts de garde, d’hébergement, d’escorte, de rapatriement forcé, des interruptions de service et, dans certains marchés, des amendes par passager.

Dans le même temps, l’Europe accélère le renforcement des contrôles numériques aux frontières. La mise en œuvre de l’ETIAS et le déploiement progressif du Entry/Exit System (EES) ajoutent une pression opérationnelle dans les aéroports, notamment lors des pics d’activité.

La conclusion est claire : l’éligibilité du passager ne se règle plus au comptoir, mais en amont, avant son arrivée à l’aéroport.

Le changement structurel : d’étapes isolées à une identité réutilisable

Le parcours traditionnel est fragmenté :

Réservation → check-in → contrôle de sécurité → frontière → embarquement → services additionnels.

Chaque étape répète des vérifications, génère des files d’attente et crée des angles morts.

Le modèle Seamless Travel propose l’inverse : une expérience sans contact, interopérable et sans contrôles répétitifs, utilisant des identifiants numériques et l’authentification biométrique à des points clés tels que :

  • Dépôt des bagages
  • Sécurité
  • Immigration
  • Accès aux salons
  • Embarquement

Au lieu de présenter son passeport cinq fois, le passager réutilise une identité numérique préalablement vérifiée.

Ce modèle repose sur des standards et cadres déjà actifs dans le secteur :

  • ICAO Digital Travel Credential (DTC) comme base technique pour représenter le passeport sous format numérique, notamment le DTC Type 1 comme première étape vers des identifiants vérifiables.
  • IATA One ID, initiative définissant l’usage de l’identité numérique et de la biométrie à l’aéroport tout en garantissant consentement et minimisation des données.
  • IATA Contactless Travel Directory, facilitant l’interopérabilité entre compagnies aériennes, aéroports et fournisseurs biométriques.

Le contexte sectoriel le confirme : les études de l’IATA montrent que l’usage de la biométrie par les passagers progresse chaque année, mais l’acceptation dépend directement de la manière dont la confidentialité et le contrôle des données sont gérés.

L’histoire complète : le voyage de Sofia (et où s’inscrivent PNR, ICAO et RGPD)

1. “Ready to Travel” commence à domicile

Sofia réalise un enrôlement à distance : lecture du passeport et de la puce, selfie et, le cas échéant, émission d’un identifiant numérique.

La logique est simple : si l’identité est correctement numérisée avant le voyage, l’aéroport cesse d’être le point critique de validation.

Deux dimensions coexistent ici :

  • Réglementaire-opérationnelle : vérification des exigences d’entrée, cohérence documentaire et éligibilité.
  • Technique : création d’une représentation vérifiable (DTC ou identifiant numérique) pouvant être présentée ultérieurement sous contrôle de l’utilisateur.

Pour valider les exigences d’entrée, le standard sectoriel est TIMATIC, qui fournit des informations actualisées sur les visas, documents requis et exigences sanitaires, réduisant ainsi les erreurs d’admission.

2. Check-in fluide : consentement et minimisation

Lors du check-in numérique, il ne s’agit pas de « téléverser le passeport dans le cloud ». Il s’agit de présenter uniquement les attributs nécessaires et d’enregistrer le consentement de manière traçable et auditable.

L’approche moderne combine identité + consentement + éligibilité dans un ensemble vérifiable, plutôt que d’obliger le passager à accepter des conditions répétitives sans réelle traçabilité.

3. Aéroport : authentification 1:1 ou 1:N selon la juridiction

Aux eGates, la passagère s’authentifie par biométrie et présente son identifiant numérique si nécessaire.

Selon le cadre réglementaire du pays, le modèle peut être :

  • 1:1 (vérification) : comparaison directe entre la biométrie du passager et l’identifiant présenté.
  • 1:N (identification) : recherche dans une base biométrique autorisée.

Dans les deux cas, l’authentification combine la possession (identifiant) et l’inhérence (biométrie), ce qui équivaut, en pratique, à une authentification forte.

Pour les CIO et responsables de l’identité numérique, l’enjeu consiste à concevoir un système adaptable à différents cadres réglementaires et à l’évolution normative (EES, ETIAS, portefeuilles numériques nationaux, etc.).

4. Le dernier kilomètre : l’accès au lounge comme cas concret

L’exemple le plus clair de convergence entre identité et expérience est l’accès au salon VIP.

Modèle traditionnel : QR code, carte, document physique et validation manuelle.
Modèle seamless : authentification biométrique à l’entrée, vérification automatique de l’éligibilité (statut ou achat) et, si nécessaire, règlement immédiat du paiement.

En un seul geste sont résolus : identité + consentement + éligibilité + paiement.

Biométrie et RGPD : là où se décide le succès ou l’échec du projet

L’erreur fréquente en 2026 est de supposer que la biométrie signifie automatiquement plus de rapidité.

La différence entre un projet durable et un projet bloqué réside dans l’architecture des données.

Le Comité européen de la protection des données (EDPB) a analysé différents scénarios d’usage biométrique dans les aéroports, allant du stockage des gabarits sous contrôle du passager à des bases centralisées gérées par les opérateurs.

La conclusion est claire : l’intrusivité peut être atténuée si le passager conserve le contrôle et si des principes stricts de minimisation et de limitation dans le temps sont appliqués.

Ce n’est pas théorique. Dans certains pays européens, des déploiements ont été suspendus faute de garanties suffisantes en matière de protection des données.

Ainsi, l’embarquement sans documents en Europe exige un véritable privacy-by-design : preuve du consentement, minimisation effective et conservation limitée.

Fraude et paiements : l’autre face du voyage numérique

La numérisation impacte également les paiements et la fraude.

La croissance des portefeuilles numériques dans le secteur du travel est évidente, mais elle accroît la surface d’attaque en matière de :

  • Usurpation d’identité
  • Fraude à la réservation
  • Fraude card-not-present

Les priorités sectorielles diffèrent souvent :

  • Carriers : priorité à l’éligibilité et à la prévention des INAD (impact opérationnel immédiat).
  • OTAs : priorité à la fraude et à la précision des données d’identité.

Ce que compagnies aériennes et aéroports achètent réellement en 2026

Au-delà du discours marketing, le socle technologique qui gagne du terrain comprend :

  • Vérification d’identité à distance (IDV) avec lecture de puce et selfie.
  • Connexion à des sources réglementaires comme TIMATIC pour automatiser l’éligibilité.
  • Interopérabilité via One ID et les répertoires sectoriels.
  • DTC Type 1 comme base pour de futures identités vérifiables.
  • Couches web ou applicatives permettant la présentation d’identifiants avec consentement traçable.

Les prévisions de marché confirment cette tendance, annonçant des milliards de revenus liés à l’identité numérique appliquée au travel dans les prochaines années.

Où s’inscrit la technologie dans ce nouveau modèle

  • Seamless Travel n’est pas un produit, mais un modèle opérationnel fondé sur une identité numérique interopérable. Pour fonctionner, il requiert une technologie capable de remplir simultanément trois conditions :
  • Un niveau d’assurance élevé (LoA) lors de la vérification initiale d’identité.
  • Une interopérabilité avec les standards internationaux (ICAO, IATA, cadres de crédentiels numériques).
  • Une conception conforme aux réglementations sur la protection des données, notamment pour l’usage de la biométrie.
  • L’identité numérique dans le travel ne peut être conçue comme une couche isolée. Elle doit s’intégrer aux systèmes existants des compagnies aériennes, des aéroports et des autorités frontalières, tout en s’adaptant aux cadres réglementaires propres à chaque juridiction.
  • Dans ce contexte, les fournisseurs technologiques ne vendent pas des « voyages sans papier », mais des capacités concrètes : vérification d’identité à distance, émission et validation d’identifiants numériques, authentification biométrique sécurisée et mécanismes de consentement traçables.
  • Le véritable différenciateur ne réside pas dans l’élimination du passeport physique, mais dans la transformation de l’identité en un actif réutilisable, vérifiable et juridiquement solide tout au long du parcours.

En outre, Facephi a collaboré avec l’IATA dans le cadre de preuves de concept afin de démontrer la faisabilité d’un voyage aérien 100 % numérique, sans documents physiques.